L’actualité du catalogue InFiné est particulièrement enthousiasmante en cette rentrée, avec de belles parutions ambient, à l’image de « Collection » de Hiroshi Watanabe aka Kaito, premier artiste japonais à signer sur le label français !
Le Japon abrite en son sein d’incontournables compositeurs ayant contribué à l’essor de la scène ambient à travers le monde. En figures de proue, Ryuichi Sakamoto et Hiroshi Yoshimura ont posé les jalons d’une approche musicale dont l’héritage perdure encore aujourd’hui avec l’œuvre remarquable de dignes successeurs tels que Tomotsugu Nakamura, Tomoyoshi Date, Chihei Hatakeyama, Masayoshi Fujita ou … Kaito dont il est question aujourd’hui.
Après avoir officié sur le prestigieux label Kompakt entre 2001 et 2014, Kaito collabore une première fois avec InFiné durant la crise du Covid-19 en participant à la compilation Music Activists 2020 (From Home). En 2023, il renouvelle l’expérience en remixant le single ‘Motion’ de Rone et Vanessa Wagner.
Ce 14 septembre 2024, Kaito sort ‘Collection’, son premier album chez InFiné comprenant 9 titres pour aborder l’automne avec apaisement.
Composés et publiés sur Bandcamp en période de pandémie chacun des morceaux de cet album a été remasterisé par Rashad Becker pour l’occasion. Rashad Becker est un ingénieur du son reconnu à travers le monde pour la qualité de son travail. Durant un temps il a côtoyé Robert Henke (Monolake) alors qu’il était encore membre de Dubplates & Mastering. Il a depuis fondé son propre studio (Clunk).
À la fois Musicien, DJ et Photographe, Kaito produit une musique dotée d’un regard. Chaque titre est comme une photographie, figeant « le temps, les saisons, le ciel, la lumière, mais aussi le rêve et le silence » (A Life That Can Only Be A Dream Now).

‘Collection’ est comme un carnet de voyage à travers des territoires intérieurs tantôt vastes comme un océan (Nexus 2), tantôt intimes comme une chambre à coucher depuis laquelle on percevrait la rumeur sourde d’un monde au ralenti (Summer Mood).
Kaito décrit des espaces où le silence a son mot à dire. Il crée des étendues aux allures d’opportunités pour des mélodies réverbérées de se déployer jusqu’à l’horizon. Des nappes de synthétiseurs atmosphériques s’accrochent et s’effilochent comme la brume sur les lignes de crêtes (A Call From The Ground).
Et lorsque la lumière perce à travers les nuages, quelques notes de piano et de guitare éparses semblables à une pluie d’été viennent troubler la surface d’accords éthérés (Summer Ocean).
Durant ces 50 mn d’écoute, je m’interroge… Et si ce repli sur nous-même forcé par ces confinements successifs, nous avait sorti de ce sentiment d’urgence permanent ainsi que de notre aphasie collective ? Nous avions soudain le temps de la contemplation, de la sensation, de la réflexion.
De cette période j’éprouve par moments une forme de nostalgie. Il faut croire que nous n’en avons rien appris et la fuite en avant a repris de plus belle.
Hiroshi Watanabe a su capter cette parenthèse et la restituer dans ‘Collection’ pour celles et ceux qui recherchent un moment de sérénité :

«Quand on se retrouve seul dans la nature, on vit parfois des moments de pause chargés de mystère, des moments de silence presque total, mais un silence habité, rempli de sons, un monde silencieux d’une densité inouïe. J’ai composé ces morceaux pour tenter d’exprimer un tel sentiment, une telle perception» – Hiroshi Watanabe
‘Collection’ fait partie de ces disques qu’on croirait avoir été composés pour réparer les vivants.
Mickaël PETIT © Rivages Sonores
