Rafael Anton Irisarri • Façadisms : Quand le mythe s’effondre derrière les artifices

En 2016, quelques mois avant l’élection présidentielle américaine, Rafael Anton Irisarri est en tournée en Italie. Lors d’un dîner à Milan, son regard est attiré par une affiche sur laquelle figure l’inscription « Il Mito Americano », censée signifier « Le Rêve Américain ». Mais à travers cette maladresse de traduction, le rêve se transforme en mythe, dévoilant ainsi le mensonge dissimulé derrière la promesse illusoire d’un système en crise.

Par un simple glissement de langage, une vérité parallèle émerge, cachée derrière des faux-semblants, à l’image des villages Potemkine et du façadisme qui inspirent en partie l’album. Des façades comme des décors de théâtre masquant l’ineffable vérité derrière des murs de plus en plus fragiles.


Rafael Anton Irisarri s’approprie ces concepts pour en faire une métaphore puissante de la manipulation politique contemporaine. Tout comme ces façades maintenues sur pied masquent autant qu’elles montrent, les dirigeants tentent de dissimuler la fragilité et la déconnexion de tout un système derrière l’illusion de démocratie, de liberté et de sécurité.
Le discours politique est devenu un simulacre dont l’unique raison d’être est de masquer l’effondrement latent.

Comble de l’ironie, Façadisms paraît quelques jours à peine après la réélection de Donald Trump et ses promesses de prospérité, de sécurité et de liberté, tout en étant lui-même un symbole vivant de corruption, d’inégalité et de mensonge.

À travers ses paysages sonores empreints de désolation et de grandeur déchue, Rafael Anton Irisarri révèle les fissures d’un mythe collectif qui s’effondre sous le poids de ses propres contradictions.

Tout au long de l’album, la matière sonore se désagrège dans de longs drones abrasifs creusant la surface qui nous sépare du réel. Se créent alors des interstices laissant filtrer une lueur qu’on aimerait être de l’espoir et déviant notre attention de celle d’écrans qui, partout et tout le temps, diffusent en alternance des informations anxiogènes et partisanes, des divertissements abrutissants et des incitations à consommer. Pris dans cette boucle incessante de « peur-réconfort », nous sommes devenus dépendants et soumis. Dociles par inaction.

Plus on avance dans cet album, plus les interstices deviennent de larges brèches. Les tempêtes granulaires font s’écrouler ce qu’il reste des constructions matérielles et immatérielles qui nous aliènent de nous-mêmes. Rafael Anton Irisarri fait exploser les derniers remparts d’une prison à ciel ouvert nous laissant face à une vérité brute et libératrice.

Mickaël Petit © Rivages Sonores

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