La musique, c’est ce qu’il reste quand tout s’écroule. Ce qui tient le ciel quand la nuit tombe. Ce feu qui brûle encore à l’intérieur quand tout en nous est gelé.
Ce soir-là, tout a tremblé : les murs, la terre, nos corps. J’ai cru un instant que le plafond de l’Alhambra allait s’ouvrir en deux, comme on ouvrirait une cage thoracique pour atteindre le cœur. Pour qu’il batte ou qu’il trouve une raison de le faire.
Ce soir-là avait quelque chose d’un effondrement.

C’est de cela qu’il est question avec Scope Neglect, l’album qui fut joué. Ben Frost et Greg Kubacki évoquent notre incapacité à agir face à un événement dont l’ampleur nous dépasse. Inactifs, car incapables de conceptualiser les conséquences des bouleversement de notre monde.
Alors, chacun d’entre nous y va de ses prises de position schizophréniques et erratiques, quand d’autres font le choix du déni, se trompant volontairement de combat pour ne pas faire face et préserver leurs intérêts personnels, veillant à se donner bonne conscience en pensant « faire sa part » : celle du lion.
On se justifie d’être trop occupé à s’occuper d’être occupé, de ne pas avoir eu le temps de voir arriver ce qui était évitable, avant qu’il ne devienne inéluctable.
Plus il faudrait ralentir, plus nous accélérons. Comme un cœur malade avant l’infarctus.
Après nous le déluge.
Ben Frost & Greg Kubacki
Festival Antigel – 15.02.2025
Alhambra – Genève
Mickaël Petit © Rivages Sonores
