Il y a des journées où tout semble peser un peu plus lourd que d’habitude, où je me heurte au monde, où tout devient un obstacle. Ces journées-là ressemblent à une cacophonie écrasante aux contours flous et inintelligibles, une brume épaisse au travers de laquelle on ne voit pas plus loin que ses propres limites. Ces jours-là, seule la musique sait dissiper le brouillard.
Il suffit d’un disque pour retrouver un peu de légèreté. Un de ces disques qui serait comme une rencontre et avec lequel s’engagerait un dialogue qui laisserait la place au doute, à l’hésitation, à l’incertitude.
Reveries de Dawn Chorus & The Infallible Sea est de ceux-là.

Depuis sa parution en avril 2024 sur le label Past Inside The Present , cet album et moi avons eu d’innombrables conversations. D’une certaine manière, il est même devenu un confident, un refuge où je me replie quand tout, autour et à l’intérieur, se fait trop grand, trop bruyant, trop rapide.
Je n’ai cessé d’explorer les moindres recoins des espaces qu’il dessine, où, pour un instant au moins, je suis à ma place et sur une échelle du temps à laquelle je me sens aligné.
À chaque écoute, le vacarme incessant s’éloigne peu à peu, remplacé par de longues boucles répétitives et alanguies, émergeant de nappes de cordes éthérées et mouvantes comme une respiration au ralenti. Reveries est une porte ouverte sur un espace sans horizon et hors du temps.
Écouter ce disque, c’est expérimenter le luxe de la relativité et de la cessation de la souffrance évoqué par l’écrivain et essayiste Sylvain Tesson. La musique de Dawn Chorus & The Infallible Sea égraine l’abrasivité du réel et nous plonge progressivement dans un état d’éveil partiel.
Lorsque j’étais enfant, j’ai passé des matinées à retenir l’aube, caché sous un drap au travers duquel filtrait juste assez de lumière pour deviner, en transparence, les contours imprécis de ma chambre. Cette fine membrane de coton dressait une frontière placentaire entre le tangible et l’intangible.

« Nous vivons à l’ère de la vitesse, de l’impatience et de la sur-sollicitation, où la chose la plus précieuse que l’on puisse trouver est un moment de répit pour l’âme » – Zakè
« Nous vivons à l’ère de la vitesse, de l’impatience et de la sur-sollicitation, où la chose la plus précieuse que l’on puisse trouver est un moment de répit pour l’âme », confesse Zakè.
Reveries est une issue de secours, une bande d’arrêt d’urgence pour laisser filer ces cohortes de gens pressés d’être pressés, trop occupés à s’occuper pour, un beau jour, se dire : « si j’avais su ». Durant un instant, il semble possible de s’extraire de cette foule de personas semblant s’accommoder, voire adhérer, à l’absurdité. Dépossédés de leurs aspirations profondes, ils remplissent frénétiquement leurs existences d’illusions et de rêves qui ne sont même pas les leurs.
Reveries calme le vertige quand tout semble vaciller et rétablit un équilibre fragile mais suffisant pour ne pas basculer. Il n’impose rien, ne dicte aucune direction, il me rappelle que seule la musique permet d’entrevoir une échappée possible.
Mickaël PETIT © Rivages Sonores
