Le Périscope, transformé en sanctuaire païen, vibre sous les incantations de Frédéric D. Oberland, Romain Barbot alias Saåad, et Paul Régimbeau alias Mondkopf.
Foudre! est un cerbère, gardien d’une force primitive qui ne demande qu’à être libérée. Avec Voltae (Chtulucene) paru chez Nahal Recordings, le trio propose un album envoûtant, à la fois dystopique et prophétique.
Si la terre venait à s’ouvrir sous nos pieds, de cette plaie ouverte et incandescente nous parviendrait sans doute le grondement tellurique et électrique de Foudre!, comme le râle d’un monde au bord de l’implosion.
L’auditoire s’était rassemblé sur le rebord de cette fosse rougeoyante, absorbé par ce rite initiatique venu d’un avant-langage, mêlant les pulsations sourdes des synthétiseurs aux litanies des flûtes cérémonielles.
Sous la lueur vacillante des flammes, les corps ondulaient tels des ombres, happés par le spectacle des éléments qui se déchaînent : tempêtes et brasiers, pluies acides et oiseaux-météores.
Quelle est donc cette force qui maintient encore l’équilibre entre ciel et terre ? Se pourrait-il que ce soit la foudre ? Comme une pulsion, un sursaut de vie — un électrochoc droit dans les entrailles de la terre, lorsque son cœur s’emballe à tout rompre. Notre monde est en fibrillation, et nous dansons sur sa poitrine, inconscients que, sous nos pieds déjà, la résignation de l’après s’installe.
Jouez plus fort, ai-je pensé, que se taise le fracas !
Jouez plus fort ! Jusqu’à ce que nous devenions sourds à la clameur de nos semblables, aux bombardements hors de nos frontières, à l’effondrement d’un système à bout de souffle.
Jouez plus fort encore, jusqu’à couvrir le vacarme de mes pensées…
Tabula rasa — Et après nous, le déluge !
Notre monde en pyrolyse, la fièvre à tous les hémisphères !

Quelle est donc cette force qui maintient encore l’équilibre entre ciel et terre ?
Se pourrait-il que ce soit la foudre ?
Chtulucene, dans une transe hallucinée, laisse entrevoir une alternative au Thanatocène en dessinant les contours d’un monde post-apocalyptique, une anticipation fantasmagorique d’un possible futur d’où émergeraient, sur des braises encore fumantes, des formes de vie nouvelles — des chimères cybernétiques — et, avec elles, l’opportunité d’un renouveau libéré de l’anthropocentrisme.
Ce soir-là, au Périscope, j’ai entrevu une réalité parallèle — une réalité qui pourrait bien se passer de nous. J’ai aussi perçu la fin d’un cycle.
Autour de moi, les corps dansaient, et je me suis demandé si, derrière l’apparente insouciance, chacun ne livrait pas sa propre bataille silencieuse. Comme s’ils tentaient de s’accrocher à l’euphorie de l’instant, le cœur serré, comme au moment de dire au revoir en sachant, au fond, que c’est un adieu.
Mickaël Petit © Rivages Sonores
