Craven Faults・Bounds : Une traversée hypnotique à travers le temps et le mouvement

Récemment paru sur The Leaf Label, Bounds poursuit le voyage à travers le Yorkshire, un périple entamé par Craven Faults depuis Netherfield Works en 2017. Ce nouvel album s’inscrit dans la continuité de l’exploration d’un endroit où le monde rural porte encore les stigmates de la révolution industrielle.

Cartographies sonores d’un Yorkshire post-industriel

Chaque disque de Craven Faults est semblable à une borne topographique marquant une étape clé d’un périple sonore traversant des paysages désaturés où le temps semble suspendu. La musique qu’il contient, désincarnée et libérée de son créateur anonyme, se raconte à travers elle-même. Elle est ce spectateur immobile et impassible observant la mutation d’un environnement à travers un temps géologique où l’ère industrielle n’est qu’un épiphénomène de l’histoire du Yorkshire.

Bounds débute là où le calcaire carbonifère rencontre le grès d’un pilier détruit par la foudre et déplacé quelques centaines de mètres plus loin.
De ce point de repère qui n’en est plus vraiment un, Bounds nous parle de limites et de frontières. De celles qui sont immuables et de celles que l’on déplace. De celles qui étaient là avant et de celles qui, empiriquement, découpent les territoires en parcelles pour mieux en extraire les ressources et les richesses. De celles qui divisent les hommes en classes pour mieux appliquer les structures du pouvoir.

Tout au long de l’album, les boucles de synthétiseur modulaire nous éloignent de Leeds, berceau de l’industrie du textile et de l’acier, pour errer entre landes et tourbières. Bounds décrit des recoins sauvages, ou qui le sont redevenus ; désertés par des hommes silencieux, ou qui le sont devenus, usés comme la roche affleurante au sommet des reliefs et arasées par le vent.

Temps et mouvement


Plus dense, plus subtil, ce nouvel opus poursuit l’exploration sonore entamée avec Standers mais avec une approche encore plus ralentie et plus introspective. Les rythmes réguliers et lancinants, les boucles et les variations subtiles qui se déclinent tout au long des morceaux amplifient cette sensation de déplacement dans laquelle s’entrelacent le temps et le mouvement.

Chaque morceau se construit lentement, sur un empilement de couches sonores tel un cairn à l’équilibre fragile.


Craven Faults semble une fois de plus s’appuyer sur l’histoire du Yorkshire, d’où il est originaire, pour promouvoir une forme d’appel à la décroissance et au retour à la terre, en se reconnectant à une forme de simplicité et de retrait.
Bounds est une invitation à l’errance, à s’extraire du temps industriel et se perdre en dehors des limites arbitraires que nous nous sommes imposées.

Mickael Petit © Rivages Sonores

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