L’automne touche à sa fin. Les dernières touches fauves, d’ocres et de carmin laissent place au blanc des premières neiges et à l’anthracite d’un ciel qui s’alourdit. Ces entre-saisons, ces entre-deux, sont des espaces fragiles où subsiste ce qu’il reste de nuance.
Dans un monde qui glorifie « la société du spectacle », la démesure et accorde raison à celui qui parle le plus fort, Movement de Samuel Reinhard est un refuge où le silence n’est pas perçu comme du vide, mais comme une réponse.
Dehors, le froid se fait plus mordant, tout semble ralentir à l’exception des hommes, devenus incapables de vivre au rythme de leur environnement, repoussant la nuit par des éclairages artificiels. Désynchronisés et déphasés.

Avec Movement paru sur le label suisse Hallow Ground, Samuel Reinhard questionne notre perception relative du temps en nous proposant de renouer avec notre rythme circadien. Retrouver notre sens de la mesure.
Bien que le titre de cet album suggère une dynamique, un déplacement, il est en fait une méditation sur l’immobilité et l’écoulement suspendu du temps qui agit sur nous, comme l’eau sur la roche. Une exploration du temps et de la durée à travers la répétition de phrases musicales.
Ici, les instruments ne cherchent pas à produire des mélodies accrocheuses, mais à révéler les aspérités nichées dans la texture et la richesse harmonique de leurs timbres. Les notes tendues s’étirent dans le temps, flottent au milieu du silence. Movement s’intéresse aux événements qui surgissent entre le maintien et la libération d’une note, ces espaces négatifs où chaque son se transforme subtilement dans une dilatation du temps.
Chaque composition s’apparente à un collage de fragments instrumentaux acoustiques minutieusement agencés. Les sons générés se déploient dans une éloquente lenteur, laissant le mouvement occuper le devant de la scène.

« Un refuge où le silence n’est pas perçu comme du vide, mais comme une réponse«
Le mouvement entre le corps et l’instrument : c’est cela que raconte Movement. La pression d’un doigt sur une touche de piano. Le frottement de l’archet sur la corde d’un violoncelle. Le souffle qui remplit le corps d’un saxophone. Samuel Reinhard déporte l’attention sur ces infimes détails et résonances nourrissant le discours musical. Il révèle la richesse infinie de ces inter-espaces en mettant l’accent sur cette matière sonore plutôt que sur une narration ou un récit.
L’automne touche à sa fin. Dans cet entre-saison, je m’autorise à errer sciemment en dehors des sentiers. Se perdre, c’est aussi se libérer.
Mickaël Petit © Rivages Sonores
