On connaît l’engagement politique de Massive Attack, cherchant à éveiller les consciences au gré de leurs prises de position et interventions.
Ce concert s’inscrivait dans cette continuité : durant toute la représentation étaient projetées des données chiffrées et des images politisées, parfois même jusqu’à crééer un contraste déroutant avec la musique. Difficile alors d’être totalement transporté. Alors que j’entendait certaines voix autour de moi remettre en question ce choix, j’y trouvais quelque chose de représentatif de notre époque, où l’attention est partielle, l’émerveillement jamais total, interrompu par les notifications incessantes, l’information en continu, toujours fragmentaire et partiale.

C’est une expérience dichotomique qui nous fut proposée, ballottés tout du long entre des émotions contradictoires. La saveur douce-amère d’un plaisir entaché par un étrange inconfort. Depuis l’insouciance et le plaisir offerts par un concert dans un cadre historique magnifique, nous étions ramenés en permanence à la dérive de notre monde moderne.
Je pensais alors à La Société du spectacle de Guy Debord, à Simulacres et Simulations de Jean Baudrillard et puis, bien sûr, à 1984 de George Orwell.
Ce malaise planant au dessus du spectacle est peut-être ce qui m’est apparu de plus authentique depuis longtemps.
« Le langage politique est destiné à rendre vraisemblable les mensonges, respectables les meurtres et à donner l’apparence de la solidité à ce qui n’est que vent. » – George Orwell
Quelques jours avant ce concert, Massive Attack dévoilait Boots on the Ground, une nouvelle collaboration avec Tom Waits accompagnée d’un film dénonçant l’autoritarisme, la militarisation et les dérives politiques contemporaines.
Mickaël PETIT © Rivages Sonores
