Leon Vynehall • Rare, Forever

Avec Rare, Forever’, Leon Vynehall nous offre l’album dont nous avions besoin pour sortir d’une année entière de léthargie imposée. Cette seconde parution du producteur britannique sur l’incontournable et éclectique label Ninja Tune confirme sa capacité à produire une musique en marge des conventions et transcendée par une palette sonore d’une incroyable richesse.

Selon nous une des sorties les plus enthousiasmantes de ce premier semestre 2021.

Credit Photo ©Frank Lebon

Pour de nombreux artistes, ces derniers mois de confinements successifs ont agit comme un catalyseur de créativité. Privés de scènes, de clubs, de festivals, leurs home studios se meuvent en temples de l’introspection. Puisant au plus profond d’eux-mêmes, ils accouchent d’ouvrages plus aboutis et personnels que jamais. Vynehall ne fait pas exception et décrit ce nouvel opus comme « un album sur sa propre psyché », nous invitant à déambuler dans le dédale de son moi-profond incarné par une entité appelée Velvet et dispersé tout au long du disque. « Je voulais que son ambiguïté soit attirante. Velvet est il une personne ou une pensée ? Humain ou métaphore ? », l’artiste laisse planer le doute. 

Ce dialogue surréaliste entre l’artiste et son propre esprit révèle Leon Vynehall comme un musicien protéiforme s’affranchissant de toute classification de genre : Ambient, Jazz, House, Dancehall, Techno, tout y passe sans jamais mettre à défaut la cohérence de cet album jubilatoire, capable de contenter un auditoire exigeant comme les aficionados du dance-floor.

Car Leon Vynehall fait parti de ces acteurs de l’avant garde des musiques électroniques s’émancipant de toute catégorisation en produisant des oeuvres musicales multifacettes.

Alors qu’en 2016 la House moite de ‘Rojus (Designed to Dance)’ enflammait les clubs du monde entier, il revenait en 2018 avec ‘Nothing Is Still’ album autobiographique aux orchestrations largement plus atmosphériques, prenant à revers les attentes des fans de la première heure. Sur ‘Rare, Forever’, Vynehall se défait de ses influences comme de ses automatismes du passé pour construire un album « sui generis », condensé d’un parcours musical non-linéaire.

Entre expérimentation et production efficace, l’impressionnante diversité des approches musicales font de ce LP une démonstration de l’agilité de Vynehall à jongler avec les textures et les rythmes.

Cet autoportrait musical débute avec ‘Ecce! Ego!’ dont « La traduction littérale de ce titre latin est « Regardez ! Moi ! ». Leon Vynehall se livre sans détour et l’affirme avec ce titre évocateur.
A propos de cette introduction, l’artiste nous confie « Je vois en quelque sorte ce morceau comme un cousin tordu de ‘Envelopes (Chapter VI)’ » figurant sur l’album ‘Nothing Is Still’. Et pour cause, durant la première minute, on retrouve l’utilisation de nappes aériennes de cordes donnant l’impression que ‘Rare, Forever’ s’inscrit dans la continuité de son prédécesseur. Les minutes suivantes nous prouvent le contraire : groove lascif et mélodies de synthétiseurs titubants viennent enrichir le mix avant que le track suivant (‘In>Pin’) nous projette sans ménagement au coeur de cet album métamorphe, fusionnant les genres avec une aisance déconcertante.

Le titre suivant, ‘Mothra’ est peut être le plus représentatif des multiples hybridations qu’offre cet album. Ses sonorités subtilement empruntés au jazz accompagnées de rythmiques enivrantes, comme le thème principal de ce morceau, nous évoquent ‘Plays I Play’ de Francis Harris et plus largement son album ‘Leland’ paru en 2012 sur Scissors & Thread
La comparaison s’arrête là, le titre de Vynehall, qui n’est que pure énergie, est taillé sur mesure pour le dance floor bien qu’il n’hésite pas à mi-parcours à avoir recourt à de belles et vastes respirations avant de nous replonger dans une pulse aussi frénétique que jouissive.

On perçoit encore davantage l’influence jazz avec ‘Alichea Vella Amor’, track sensuel et envoûtant nous immergeant d’un épais et confortable brouillard fait de mélodies de saxophone langoureux, du crépitement nostalgique d’un vinyle et de boucles vocales hypnotiques. On pense immédiatement à ‘To Feel Embraced’ de Sparkle Division, collaboration entre William Basinski et Preston Wendel

‘All I See Is You, Velvet Brown’ qui clôture l’album confirme ce virage des cordes vers les cuivres, de l’ambiance des rues sombres de Brooklyn vers les clubs de jazz embrumés.

Tout au long de cet album, Vynehallfait démonstration de l’étendue de son talent, faisant peau neuve à chaque titre, à chaque fois le même et à chaque fois différent. En atteste ’Snakeskin ∞ Has-Been’ , un titre explorant toutes les strates de son univers sonore, comme autant de mues successives. On retrouve la vigueur de la house et de la techno de ses débuts dans un ensemble déstructuré et foutraque réjouissant à l’instar de ‘Dumbo’, moment d’extase totale nous rappelant instantanément combien l’ambiance des clubs nous avaient manqué ! 

Leon Vynehall à fait de son propre esprit le terrain de jeu de ses expérimentations sonores à travers le personnage de Velvet Brown, recollant ça et là les morceaux de ses tentatives, de ses échecs comme de ses succès, tout ce qui le caractérise en tant qu’artiste aujourd’hui comme à nul autre moment. 

‘Rare, Forever’, est un ensemble aussi hétérogène que sublime, une glorification des écueils disséminés sur le parcours d’un producteur en constante évolution.

L’instant présent, car il n’est plus dès l’instant où nous le désignons, reste « rare pour toujours » comme l’étincelle de l’inspiration.

Écouter/Acheter Leon Vynehall • Rare, Forever (Ninja Tune)

Mickaël Petit – Rivages Sonores

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